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Réponse à Ichidou


DROIT DE RÉPONSE DE M. BA BOUBAKAR MOUSSA,

PREMIER VICE-PRÉSIDENT DE L'UFD/EN À Me ICHIDDOU

(Cf. Interview accordée au Calame dans son édition n° 245)

Paru dans Le n° 246 de Calame


Mon Parti, l'UFD/EN, s'est associé à l'ensemble des démocrates mauritaniens, pour s'indigner de l'arrestation de MM. Ahmed Ould Daddah, Mohameden Babbah et Me Ichiddou. Il a rendu public deux communiqués et exigé leur libération (y compris dans des rencontres avec le ministre de l'intérieur et le Premier Ministre). Cette attitude est avant tout dictée par le devoir car ceux qui ont été arrêtés sont des citoyens dont le droit à l'expression (se tromperaient-ils !) est garanti par la constitution et les lois du pays. En agissant ainsi, notre parti ne défend pas seulement les libertés des autres, il se défend lui-même contre les abus dont il pourrait être victime, et il refuse de s’abaisser à des considérations partisanes et à des calculs mesquins.

Revenant d'un séjour à l'étranger, j'ai rencontre Me Ichiddou au lendemain de sa libération. DAFFA Bakary et moi sommes allés à sa rencontre lui manifester notre sympathie et lui dire notre joie de le revoir libre. Me Ichiddou nous a donné l’accolade, puis s’adressant à moi dans un large sourire, a dit qu'il avait "compris que quelque chose devait leur arriver, ses amis et lui, quand il a lu mon interview dans le n° 241 du Calame". Ses paroles m’ont profondément choqué, mais par politesse et par souci d’éviter une querelle indécente et inopportune, j’ai préféré ne pas y répondre. M. Ichiddou a jugé bon de réitérer ses propos dans votre journal. Permettez-moi, Monsieur le Directeur de publication, de répondre à ses accusations diffamatoires.

Maître Ichiddou est un patriote mauritanien qui a fait la preuve de ses engagements depuis plusieurs décennies. Si nos chemins ont pu se séparer, je n'oublierai jamais la contribution digne de respect qu'il a apportée à la cause de notre peuple. Il est vrai qu'il semble exister des divergences profondes entre lui et notre Parti. Je dis bien "semble" car jusqu'à présent, je croyais que par devoir de réserve, il n'était impliqué dans aucune formation politique, ni dans quelque polémique politique que ce soit. C'est évidemment son droit de citoyen d'avoir ses opinions politiques et de les exprimer. Je crois sincèrement qu'il n'a pas choisi la voie qui aurait fait honneur à l'image que je garde encore de lui, lorsqu’il affirme: "... BA Boubacar Moussa... disait que leur parti prône le dialogue et l'unité nationale, alors que les autres partis de l'opposition, particulièrement l'UFD de Ahmed Ould Daddah, appellent à la violence. Sans s'en rendre compte, Le Calame a été utilisé par BA Boubacar Moussa pour demander et justifier notre arrestation, tâche dévolue par le passé à la Vérité - El Bouchra ... "

Tout d'abord, M. Ichiddou a livré un très mauvais résumé de mes propos, car je distinguais les nuances parmi les partisans du boycott : ceux qui estiment que la dictature militaire demeure et qu'elle a simplement revêtu des habits civils ; ceux qui abreuvent l’opinion de discours démagogiques ; et ceux qui "travaillent secrètement à des mauvais coups pour l'avenir de la démocratie dans notre pays". Ces nuances sont d'une importance certaine. Me Ichiddou ne semble pas les avoir comprises, ou les ignore délibérément.

Je n'ai pas eu tort de dire que certains dirigeants de l'opposition appellent ouvertement, à la violence, même s'ils le tentent de la justifier par leur droit à l'autodéfense. Dans le n° 301 de l'Eveil du 26 janvier 1999, M. Ahmed Ould Daddah déclare : " ... Je souligne ici, et je voudrais que ça soit très clair pour les autorités qe la prochaine fois, nous répondrons oeil pour oeil, dent pour dent. Nous constatons que le pouvoir ne comprend que le langage de la force, lorsqu'on nous frappera, nous frapperons et nous serons très, très durs." M. Ahmed Ould Daddah confirme ainsi mes craintes. L'entêtement de certains cercles dirigeants du PRDS pousse à la confrontation, qui a pris la forme des dérapages constatés lors des manifestations des femmes... A ces dérapages, M. Ahmed Ould Daddah promet de répondre désormais "oeil pour oeil", "dent pour dent", en affirmant que ses amis et lui seront "très, très durs". Je n'ai demandé ni l'arrestation des entêtés du PRDS, ni celle de ceux qui sont déterminés à leur répliquer "oeil pour oeil", "dent pour dent". J'ai seulement ajouté que les premiers comme les seconds poussent à la confrontation, porteuse de guerre civile et de tragédies comparables à celles que vivent Congolais, Zaïrois, Sierra Léonais, etc...

Il est important de souligner que la politique de compromis national ne date pas de l’interview que j’ai accordée au Calame. Elle est le fruit d’une profonde réflexion sur l’expérience démocratique en Mauritanie et sur les dangers qui assaillent notre pays. Le congrès extraordinaire de l’UFD/EN a mûri cette réflexion et en a porté les conclusions au grand jour, en août dernier. Tout en ayant l’air d’ignorer cela, Me Ichiddou s'aligne sur les positions de certains éléments du groupe de M. Ahmed Ould Daddah qui pensent, parce que nous prônons le consensus national, que nous sommes devenus des agents du pouvoir. M. Ichiddou a suffisamment d'expérience politique pour savoir que la bonne foi en politique existe, qu'il y a une éthique et des principes que nul ne saurait acheter. Si nous sommes vraiment des agents, n'est-ce pas manquer de discrétion que d'appeler à leur arrestation par voie de presse alors qu'il existe des canaux plus commodes et, de surcroît, garantissant la discrétion qui sied mieux à "notre nouveau statut" ? Doute-t-il de la sincérité de nos protestations publiques ? Est-ce pour lui une feinte de notre part que d'avoir exigé leur libération dans les rencontres que nous avons eues avec le ministre de l'intérieur et le Premier Ministre ? N'aurait-ce pas été plus judicieux pour "les agents" que nous serions devenus d'attendre leur arrestation "sur commande" pour tenter de la justifier ensuite, par voie de presse ? Interprête-t-il l'accolade que DAFFA et moi lui avons donné par solidarité comme de la duplicité ? Le jour où, personnellement, j'arriverai à la conclusion qu'un Mauritanien est devenu un ennemi de son pays et de son peuple, je n'hésiterai ni à l'écrire, ni à demander aux responsables de l'ordre public de l'empêcher de nuire, dans le respect des lois et du droit des citoyens à la défense. Je ne pense cela ni de M. Ahmed Ould Daddah et son groupe, ni de M. Ichiddou lui-même.

Me Ichiddou, nombre de mes camarades et moi, nous sommes côtoyés durant une décennie, aux meilleurs moments de notre jeunesse ; jamais, au grand jamais il ne pourra citer un seul exemple pouvant attester de notre manque de courage politique dans le fait d’assumer nos positions et nos actes. J'ai écrit, à maintes reprises, dans les colonnes des journaux mauritaniens que M. Ahmed Ould Daddah et son groupe sont concernés par notre politique de compromis national et qu'ils y ont leur place: nous continuons à leur tendre la main, malgré la campagne frénétique et haineuse dont nous sommes l'objet de la part de certains d'entre eux, malgré leurs accusations mensongères, malgré les attaques physiques dont certains de nos militants sont victimes. Nous nous défendons parce qu'ils nous attaquent injustement, nous développons notre politique en critiquant la leur mais nous ne nous abaisserons jamais à proférer contre eux des accusations dont nous ne sommes pas capables d'apporter les preuves, encore moins à user de diffamations. Ce comportement, nous nous l'interdisons formellement, par principe, y compris contre nos ennemis les plus irréductibles.

Mais, comme le dit si bien un dicton arabe de Mauritanie, “ëlli afkarshu làdham, ma irades”, c’est-à-dire, approximativement, “celui dont le ventre est rempli d’os, ne doit pas jouer à échanger des coups de pieds”. Nous en connaissons pourtant des carrières “brillantes” et des promotions sociales miraculeuses qui doivent beaucoup aux privilèges et aux passe-droits octroyés par les régimes militaires successifs. Mais, même quand les moyens ont été à notre portée, jamais nous n’eûmes la tentation de donner des coups de pieds dans certains ventres sonores. Ainsi, lorsque, après le 10 juillet 1978, feu Jiddou Ould Saleck, ministre de l’Intérieur, a révélé avoir découvert le nom de certain illustre ex-opposant dans la liste des informateurs du régime défunt, l’idée de nous saisir de l’occasion pour salir le nom de ce dernier ne nous effleura à aucun moment.

Pour ma part, je défie solennellement Me Ichiddou de citer un seul avantage, de quelque nature que ce soit, dont j’ai pu bénéficier de la part d’un quelconque régime mauritanien, depuis que je participe aux activités politiques, soit depuis plus de trente ans. Je remercie cependant Me Ichiddou de m’avoir permis de situer désormais l’origine des accusations dont mes camarades et moi étions l’objet, et qui tendaient à faire croire à l’opinion que nous étions responsables des décisions impopulaires que le régime militaire prenait.

Je comprends qu’il soit peut-être difficile pour une partie de l’opinion de saisir les raisons profondes qui motivent notre politique de compromis national : c’est pour cela qu’il est si facile à Me Ichiddou de proférer des accusations mensongères. Mais la vérité finira par l’emporter. Tous ceux qui, comme moi, soutiennent la politique de compromis national, mesurent la gravité des menaces qui pèsent l’existence du pays, sur le sort tragique qui pourrait être le sien s’il était plongé dans des violences destructrices, et ont décidé de déployer tous les efforts nécessaires pour convaincre les Mauritaniens de négocier les conditions de la préservation de la paix civile. Lorsqu’on voit ces images de bras mutilés, de femmes, d’enfants et de vieillards assassinés sans autre raison que leur appartenance ethnique, lorsque ces adolescents ivres de marijuana défilent devant vos yeux, la kalachnikov à la bandoulière, le sens de l’humain devrait tempérer vos ambitions de pouvoir et vous pousser à la réconciliation avec vos pires ennemis, pour sauver votre pays et l’unité de son peuple. Il n’est pas dit que nos efforts seront couronnés de succès, mais ce ne sera jamais faute d’avoir essayé, dussions-nous être soupçonnés des pires trahisons. L’histoire en jugera !

Dans le microcosme politique mauritanien de mauvaises habitudes, procédant d'une éthique et d'une morale douteuses commencent à s'incruster. Pour certains hommes politiques, tous les coups sont permis, surtout les coups tordus. Me Ichiddou et moi avons fait nos premiers pas en politique dans une école et à partir de principes qui sont à l'antipode de ces pratiques. Je continue, personnellement, à croire à ses principes et tente de toutes mes forces de continuer à m'y conformer, souhaitant sincèrement qu'il en soit de même pour lui. Je le prie, en toute bonne foi, avec l'entière disposition au pardon, de retirer les accusations injurieuses qu'il a proférées contre ma personne. Si, au contraire, il demeure convaincu de la justesse de ses propos, je le conjure, comme le dicte le serment auquel sa profession le lie, d'apporter la preuve de ses accusations. En attendant, je l'appelle à garder la mesure et à retirer également les propos inadmissibles qu'il a tenus contre Le Calame. En affirmant que Le Calame est non seulement immature et manipulable, mais qu’il est assimilable à une feuille de chou des services de renseignement comme le fut La Vérité - El Bouchra, Me Ichiddou porte gravement atteinte à l’image d’une publication qui fait honneur à la presse indépendante.

Je prie M. Ichiddou de retirer ses propos injustes, désobligeants et diffamants, proférés contre ma personne et contre la moralité de Calame : en agissant de la sorte, il en sortira grandi et il contribuera à renforcer le camp des démocrates véritables, soucieux d'une morale et d'une éthique respectueuses de la dignité des personnes, de la vérité des faits, de la tolérance et du respect des différences enrichissantes.


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